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AL LUHA MAHFUD : « LA TABLETTE CONSERVEE »

PLANCHES CORANIQUES DU NIGERIA

La nouvelle exposition inaugurée par la galerie Noir d’Ivoire à l’occasion de la journée Portes Ouvertes de la rue Guénégaud présente un ensemble de planches coraniques provenant de la région de Maïdougouri, au nord-est du Nigeria. Le style des planches de Maïdougouri se caractérise par la forme incurvée du bas de la tablette et par le croissant qui orne le haut de la poignée, parfois recouverte de cuir.

L’école coranique - la madrasa - est une institution traditionnelle dans toutes les régions islamisées. L’apprentissage comporte plusieurs étapes. Dans un premier temps, l’enfant s’initie à l’alphabet et à la composition des syllabes en dessinant les caractères sur une planchette en bois et en articulant les sons. Puis son maître lui apprend à lire une sourate qui lui servira de modèle avant de lui enseigner l’art d’écrire.

Le matériel utilisé par l’élève se compose d’une alluha, d’un encrier et d’un calam.

L’alluha est une planchette de forme rectangulaire d’une quarantaine de centimètres de haut par une vingtaine de large, généralement en bois, surmontée d’une poignée percée d’un trou de suspension. Fabriquée par les artisans locaux, elle s’achète au marché. L’encrier est fait d’une petite calebasse qui contient un mélange d’eau, de gomme arabique et de noir de fumée recueilli dans l’âtre. L’élève y trempe son calam, une tige de mil taillée en pointe qui fait office de plume.

Une fois que l’élève est capable d’écrire une sourate sur l’alluha, il en fait la lecture devant le maître : s’il parvient à lire et à retenir le texte puis à le réciter sans faute, il est autorisé à laver un côté de l’alluha: l’eau sera conservée pour être donnée à boire aux plus jeunes, en accompagnement d’une bouillie de mil, afin de faciliter leur apprentissage et développer leur intelligence. Sur le côté effacé, l’élève pourra désormais copier et apprendre une nouvelle sourate. L’opération se renouvelle jusqu’à la fin des études où tout le Coran a été appris. L’alluha est la propriété personnelle de l’élève. Elle doit cependant rester dans la salle d’étude pour éviter que l’élève, en rentrant chez lui, ne soit tenté d’y faire recopier les sourates du Coran par un autre. A la fin de ses études, l’élève doit écrire une dernière fois sur sa tablette qu’il revêt d’un texte calligraphié. Elle est rapportée à la maison et peut être lue en famille. Signe de l’érudition et de la qualité de l’instruction d’une personne, elle est conservée toute la vie, suspendue à une place de choix dans la maison. Elle prend alors le nom de al luhah mahfud « la tablette qui est conservée ».

Les tablettes coraniques sont parfois réutilisées par les marabouts qui y inscrivent des formules magico-religieuses. L’eau recueillie en les effaçant entrera alors dans la confection de gris-gris.

En présentant un ensemble d’une trentaine de pièces, la galerie Noir d’Ivoire souhaite  mettre en avant la beauté formelle de ces planches mille fois effacées et réécrites, et souligner la richesse de leur calligraphie. Au-delà du message éternel, c’est tout un art qui s’exprime dans ces éphémères arabesques.

 

Pourquoi les gens se défont-ils de leur planche coranique, la question mérite d’être posée. Rien n’échappant au modernisme, des ardoises au décor clinquant importées d’Arabie Saoudite ont peu à peu remplacé les alluha traditionnelles. Témoins d’une époque révolue, celles que l’on peut encore trouver sont rarement antérieures au début du XX° siècle. 

Quant à savoir si l’Islam permet le commerce de tels objets, voici ce qu’a répondu le Dr. Rif’ at Fawzi, ancien professeur de Charia de l’université du Caire, expressément interrogé à ce sujet avant l’inauguration:

«L’islam autorise l’achat de planches coraniques à condition que l’acheteur ne tire pas avantage, pour en diminuer le prix, d’une dette que le vendeur pourrait avoir contracté envers lui. »

 

Allah almighty knows best ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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